PRÉSENCE DE LUMIÈRES

Nous sommes Charlie

Je reproduis ici un article paru sur notre site de voyage: Les Lincourt à Paris, le 13 février 2015

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Paris.  Place de la République, vendredi 13 février 2015

L’imposant monument de la République occupe le centre du vaste rectangle de la place. C’est une Marianne en bronze de 9,50 mètres de hauteur qui se dresse sur un piédestal de pierre banche. Vêtue d’une toge, la jeune femme brandit un rameau d’olivier, le symbole de la paix; et sa main gauche repose sur une tablette portant l’inscription « Droits de l’Homme ». À ses pieds, trois femmes en pierre s’adossent au socle : elles représentent la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Au niveau du sol, un superbe lion de bronze protège l’Urne du suffrage universel. Et depuis quelques temps, de multiples graffitis ornent ce bel ensemble.

Toutes ces inscriptions, tous ces objets symboliques nous disent que l’on ne doit pas oublier la tuerie de Charlie Hebdo.

On y trouve pêle-mêle des petits textes griffonnés sur la pierre, des affichettes collées, portant des dessins, des messages parfois naïfs, parfois sublimes, des ‘Je suis Charlie’, des lampions éteints, vidés de leur cire, des fleurs qui sèchent, et des petits pots remplis de crayons : Louise y a déposé le sien. Les objets de mémoire sont déjà dégradés par les intempéries. On prend alors conscience que la mémoire vivante est friable, qu’on doive sans cesse la renouveler. Peut-être faudra-t-il un jour ériger un monument en dur pour perpétuer le souvenir de Charlie, le martyr de la liberté de rire.

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Une trentaine de citoyens se recueillent devant le monument, des personnes âgées, des mères avec leurs enfants. Un jeune homme s’approche de nous.

— J’étais à la Bastille lorsque ça s’est passé, nous dit-il. Je bossais aux soldes. C’était fini quand je l’ai appris.

Nous discutons un moment avec lui, ne disant rien de particulier, nous contentant de partager la même émotion.

—   Les bureaux de Charlie Hebdo sont par-là, nous informe-t-il, en pointant du côté de la Bastille.

Nous empruntons le boulevard du Temple, coupons sur notre gauche par la rue de Crussol, remontons un moment la boulevard Voltaire pour aboutir au boulevard Richard-Lenoir. C’est jour de marché. Il y beaucoup de monde et beaucoup de camions garés de part et d’autre du mail central envahis par les étals et les chalands. D’où nous déambulons, nous ne pouvons voir la façade des bâtiments qui bordent le boulevard. Un moment, nous pensons avoir manqué le bureau de Charlie Hebdo, le deuxième monument commémoratif du drame.

À la sortie du marché, plus ou moins à la hauteur de la station de Métro Richard-Lenoir, nous apercevons un tas de fleurs au bout du Passage Sainte-Anne-Popincourt, une petite rue qui part sur notre droite. Nous savons immédiatement que là se trouve le bureau de Charlie Hebdo. En effet, le passage croise la rue Nicolas-Appert. Les fleurs et les autres objets de mémoire s’accumulent sur trois des quatre façades qui bordent le carrefour; nous ressentons la même émotion que sur la place de la République. C’est là que je dépose mon crayon, juste devant la porte du bureau. Plus loin, sur la rue Nicolas-Appert, un car de police veille.

 

Nous revenons sur le boulevard Richard-Lenoir et continuons de le remonter vers la place de la Bastille. En chemin, nous croisons le troisième monument de la tuerie, là où un policier a été abattu. Même accumulation de fleurs, même émotion.

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Michel

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