PRÉSENCE DE LUMIÈRES

Histoire de Claire 7: Le chercheur d’or

Les chercheurs d’or du Klondike

Cultivant sa terre à l’île Saint-Ignace, voisinant ses parents, frères et sœurs, marié à Antoinette Desmarais le 3 novembre 1723, notre ancêtre de la troisième génération, Jean-Baptiste Désorcy dit Lincourt, nous donne sept enfants, à savoir Anne, Antoinette, Charlotte, Josephte, Jean-Baptiste, Thérèse-Élizabeth et Michel. Les fils Jean-Baptiste et Michel adoptent le patronyme de Lincourt et le passeront à leur postérité; les filles aussi mais, comme le veut l’usage, elles l’abandonnent à leur mariage. L’information me manque pour te désigner lequel des deux garçons assure la lignée de notre famille.

À la génération suivante, on retrouve un Michel Lincourt qui épouse d’abord Jo­sephe Dézy, puis Anne Beaulac-Lamontagne; on a aussi un Jean-Baptiste Lincourt qui, lui, épouse Thérèse Bérard-Lespine.Ces deux ménages vivent à l’île Saint-Ignace (ou à l’île Dupas); et ils ont plusieurs enfants.

À la génération qui suit, on retrouve la lignée de notre famille : il s’agit d’un autre Jean-Baptiste Lincourt.À Sorel, en 1784, il épouse Charlotte Hus-Cournoyer.Le couple s’installe à l’île Saint-Ignace et enfante généreusement.Un des fils nait en 1797 et on le baptise lui aussi Jean-Baptiste.

Encore à la génération suivante, c’est-à-dire la sixième génération depuis le Boute-en-train, on retrace au moins huit familles Lincourt qui vivent à l’île Saint-Ignace et à l’île Dupas, mais aussi à Berthier, à Sorel et à Maskinongé; et il y a aussi beaucoup de filles Lincourt marient des gars du pays.

 

À Saint-Barthélemy au XIXe siècle

Saint-Barthélemy

À ce moment-ci, un petit rappel géographique m’apparait utile.Si on quitte l’île Saint-Ignace pour rejoindre la rive nord du Saint-Laurent, on franchit trois chenaux et on arrive à Berthierville, le chef-lieu de la seigneurie de Berthier-en-haut; en 1800, c’est un gros bourg comme Sorel, son vis-à-vis de l’autre côté du fleuve.Le chemin du Roi qui relie Montréal à Québec passe à travers Berthierville; l’empruntant vers Québec, on rejoint Louiseville au bout de 30 km et encore 30 km plus loin, on est aux Trois-Rivières.Le long de ces soixante kilomètres, on défriche la plaine fertile qui s’étend entre le fleuve et le contrefort des Laurentides, sur une profondeur d’environ 12 km.Trois nouveaux villages desservent ce territoire, Saint-Cuthbert, Saint-Barthélemy et Maskinongé.Avec l’île Saint-Ignace, l’île Dupas, Sorel et Berthierville, ces trois villages constituent la patrie de la famille Lincourt.Notamment Saint-Barthélemy.

Le 29 mai 1815, à l’île Dupas, Jean-Baptiste Lincourt épouse Geneviève Dézy; l’un et l’autre a dix-huit ans.Est-ce un mariage provoqué par une passion irrésistible? L’his­toire ne nous le dit pas. Quoiqu’il en soit, onze ans plus tard, ils ont un fils qu’ils baptisent Grégoire.

Le 2 décembre 1849, à Maskinongé, Grégoire Lincourt épouse Mathilde Landry.On pense qu’ils s’installent à Saint-Barthélemy.

La vie des Lincourt

On est rendu au milieu du XIXe siècle. La vie des Lincourt d’alors ressemble beaucoup à celle de tous les cultivateurs canadiens-français. Comme leurs contemporains, les Lincourt sont des gens tranquilles, besogneux, aimant la vie, suffisamment instruits et modérément pieux.Même sous le régime seigneurial, ils sont propriétaires de leur terre et des bâtiments qui s’y trouvent. Ils paient au seigneur une redevance en numéraires et en nature, mais elle est légère, à peine l’équivalent de notre taxe municipale.Ils acquittent aussi la dîme au curé, mais celle-ci n’atteint jamais le dixième de leurs revenus.Somme toute, les Lincourt vivent bien, mangent et boivent copieusement, et malgré les admones­tations du curé savent faire la fête. Ils parlent forts et discutent ferme même s’ils sont souvent du même avis.Sur leur terre, ils cultivent surtout le foin qui se vend bien parce qu’il y a partout des bêtes à nourrir. Ils possèdent un cheval, deux ou trois vaches, une porcherie, un poulailler, un potager et quelques pommiers. Une petite part de la terre sert de pâturage, une autre parcelle est destinée à la culture du blé qui sera moulu au moulin de Sorel.C’est dans un four collectif sur le rang des Épouffettes que les Lincourt feront le pain; c’est là aussi qu’ils feront cuire leurs fèves au lard et leurs tourtières.

Les Lincourt vivent dans une communauté rurale où tout le monde se connait et s’entraide.Pour ces habitants isolés des services de la ville, l’entraide est une question de survie.Les hommes font les corvées et les femmes deviennent sages-femmes et institutrices.

Les événements du temps

On constate que les événements politiques du temps perturbent à peine la vie quotidienne des Habitants. Pourtant, les bouleversements se succèdent et petit à petit, presqu’à leur insu, transforme leur vie.

D’abord, en 1763, c’est la Conquête : les maîtres anglais remplacent les maîtres français.Ramesay vend sa seigneurie de Sorel à John Bondfield et James Cuthbert acquiert le domaine de Berthier-en-Haut.Quelques années plus tard, pour y inhumer son épouse, le nouveau seigneur de Berthier construira une petite chapelle. Ce sera le premier temple protestant érigé au Québec.Connue sous le nom de Chapelle des Cuthbert, elle est aujourd’hui un monument historique.

Au sud de la frontière, la révolution gronde. Pour éviter que les Canadiens-français rejoignent le camp des Américains, le gouvernement britannique leur octroie des droits politiques.C’est l’Acte de Québec de 1774 qui garantit aux Canadiens-français la libre pratique de la religion catholique, l’usage de la langue française, leur participation à la vie politique et le maintien du code civil français notamment en ce qui concerne la propriété et la famille. En revanche, les Canadiens-français adoptent le code criminel anglais qui est plus clément que le code français. La révolution se conclut en faveur des Américains.Du coup, de nombreux colons anglais restés fidèles à la couronne britannique viennent s’ins­taller au Canada.En 1780, le gouvernement du Canada achète la seigneurie de Sorel afin d’y accueillir les Loyalistes.

En 1789 éclate en France la Révolution qui renverse la monarchie et abolit les pri­vilèges de l’Église et de l’aristocratie.Ce grand bouleversement issu des Lumières qui enfantera la démocratie, les droits de l’homme et le système métrique est cependant décrié par le clergé catholique canadien.

Au début du XIXe siècle, la France napoléonienne et les monarchies européennes s’affrontent.L’Angleterre combat la France, les États-Unis se rangent du côté français et attaquent le Canada.C’est la Guerre de 1812.En octobre 1813, une armée d’invasion américaine se met en branle en direction de Montréal.Plutôt que de suivre le Saint-Lau­rent, trop fortifié, les généraux américains empruntent un sentier le long de la rivière Cha­teauguay. Le 26 octobre 1813, un détachement de 300 Voltigeurs canadiens-français et 22 Amérindiens, commandés par le colonel Michel de Salaberry stoppe net l’avance de l’ar­mée américaine.Ce haut fait d’armes met un terme à la guerre avec les États-Unis.

En 1837, les Patriotes canadiens-français se soulèvent. De furieux combats se succèdent à Saint-Denis, à Saint-Charles et à Saint-Eustache.En 1813, les Canadiens-français combattaient aux côtés des Anglais; vingt-cinq ans plus tard, ils s’entretuent.Pourquoi ce revirement? Simplement parce que les autorités britanniques ont multiplié les exactions à l’endroit des Canadiens-français qui, pourtant, avaient maintes fois démontré leur loyauté à la couronne britannique. La rébellion se termine dans un bain de sang.

En 1839, le lord Durham publie son rapport qui recommande l’assimilation des Canadiens-français.Dans la foulée, le gouvernement britannique décrète l‘Acte d’Union qui les spolie encore plus. Enfin, en 1867, les Pères de la Confédération canadienne signent l’Acte de l’Amérique du Nord britannique et créent le Canada fédéral tel qu’on le connait aujourd’hui.

Il ne fait aucun doute que les Lincourt dans leur campagne, comme les Beaupré à Québec, comme toute la société canadienne-française, commentent abondamment ces événements.

Grégoire Lincourt et Mathilde Landry ont des enfants et l’un d’eux se nomme Jean-Baptiste; il nait le 20 février 1855.Le 14 octobre 1879, à Saint-Barthélemy, Jean-Baptiste Lincourt épouse Anna Comtois.L’aîné de leur famille nait le 1er août 1880; il s’appellera Ubald.

Ubald Lincourt est mon grand-père, le père de mon père. Il a été chercheur d’or.

La ruée de l’or du Klondike.

Au printemps 1897, la nouvelle de la découverte de gisements d’or au se répand à travers l’Amérique à la vitesse du télégraphe.À Saint-Barthélemy, à Berthierville, à Saint-Cuthbert, des jeunes gens se surprennent à rêver de grands espaces, d’aventures et de pépites.Ubald Lincourt, alors âgé de 17 ans, est l’un des plus excités.

Les discussions avec les parents s’avèrent houleuses. Mais la résolution d’Ubald est inébranlable.Enfin, la mère refoule ses larmes, le père gratte le fond de sa tirelire et donne sa bénédiction.À la mi-juin, une vingtaine de gars du pays se rassemblent sur le quai de la gare de Berthierville.Ils embarquent dans le wagon aux bestiaux avec leur barda, dix chevaux et du fourrage, envoient la main, sur le quai on s’essuie les yeux et on crie ‘Bonne chance!’, et le train s’ébranle au milieu du fracas de vapeur.

Certains gars ne vont pas plus loin que Montréal, d’autres descendent à Toronto, mais quatre atteignent la gare de Strathcona, près d’Edmonton. On est en juillet, il fait un temps radieux et l’immense ciel lumineux enveloppe la prairie.Ubald, Louis, Joseph et Maurice se regardent, un peu éberlués.Eux qui n’ont jamais quitté leur campagne peinent à croire qu’ils sont déjà rendus si loin.

Des dix chevaux du départ, ils en ont conservé six, ayant vendu les autres au fur et à mesure des défections.Un agent de la Police montée leur dit qu’ils pourront poursuivre leur voyage s’ils démontrent qu’ils ont des provisions pour subsister un an.Les gars s’at­tendaient à cette demande qui avait été relayée par les journaux; en plus des chevaux, ils ont apporté de chez eux tout ce qui leur sera nécessaire : des fusils, des vêtements chauds, des couvertures, des outils, des cordages, du lard séché, des fèves, du thé, de la farine de sarrasin, de la mélasse, du sel, quelques médicaments. Le policier se déclare satisfait, leur remet le permis et leur souhaite bonne fortune.

Traînant les chevaux surchargés, portant un lourd faix sur leur dos mais le cœur léger, les gars entreprennent la partie la plus difficile du voyage, une marche de 2 000 km à travers la forêt, vers le nord.La destination est Dawson, au confluent du fleuve Yukon et de la rivière Klondike, là où se déversent, parait-il, des ruisseaux d’or.Les historiens estimeront qu’environ 100 000 hommes quitteront leur pays, que 40 000 d’entre eux atteindront le site du gisement et que 4 000 repartiront avec des pépites.Environ 10 000 prospecteurs emprunteront la ‘piste canadienne’, celle où cheminent Ubald et ses compagnons, quelques-uns prendront la route difficile qui suit la côte de l’océan Pacifique, mais la plupart des autres chercheurs d’or, surtout des Américains, prendront la route dite ‘de la mer’; ceux-là partiront de Seattle en bateau, accosteront à l’un des ports de l’Alaska, traverseront à pied l’état américain et graviront le col Chilkoot pour accéder à Dawson.

Dawson

Ubald et ses compagnons progressent à raison de 30 km par jour. Ils entrent à Dawson à la mi-septembre.Le choc est brutal.Ils découvrent une humanité sale, hirsute et méfiante qui patauge dans une mer de boue. Dawson est un ramassis de cabanes, de tripots et d’outfitters offrant à prix d’or (c’est le cas de le dire) tout ce que le brave pros­pecteur pourrait désirer.Les gars de Saint-Barthélemy ne sont pas long à découvrir que les gros bras font la loi à Dawson, que le whisky coule à flot et que la plupart des bons emplacements de prospection sont déjà occupés. Au poste de la Police montée, on leur suggère de s’installer sur un ruisseau qui se jette dans la rivière Klondike, à quelque 35 milles en amont de Dawson.

You can’t miss it: follow the river and turn right at the boulder with a red cross, précise le policier.

Ils s’y rendent, voient la croix rouge qui annonce le ruisseau, le remontent, croisent des prospecteurs en train de laver du sable dans leur battée.

Much gold? demande Ubald à l’un d’eux.

Le prospecteur fait la grimace.Ubald et ses compagnons viennent d’apprendre la première leçon de la ruée de l’or : ne jamais poser cette question parce que personne ne répondra. En fait, les seuls qui feront étalage de leurs découvertes seront les idiots qui se saouleront à la taverne. Ceux-là perdront en une nuit le fruit d’une saison d’harassants labeurs.

La tâche la plus urgente est de construire un abri. Ils en ont beaucoup discuté et savent exactement ce qu’il faut faire.Ce sera une cabane de rondins et de branchages, de vingt pieds de côté, plantée sur une pente douce, et qui sera à demi ensevelie sous un amas de cailloux.On mettra les chevaux dans une moitié de l’espace et on s’installera dans l’autre moitié.Un foyer fait de grosses pierres séparera les deux sections de l’abri; en entretenant le feu, les pierres chaufferont et diffuseront la chaleur; la fumée s’échappera par une ouverture dans le toit.Quand l’hiver viendra, l’épaisse couverture de neige sur le toit assurera une certaine isolation thermique.Des rondins alignés côte à côte et recouverts de branches de sapins forment le plancher.Dans un coin, deux épaisseurs additionnelles de branchages tiennent lieu de paillasses.Pour le moment, les chevaux attendent à l’extérieur et se nourrissent de mousse; on les entrera à l’arrivée des grands froids.

Pendant que Louis et Joseph retournent à Dawson avec les chevaux pour acheter du fourrage, et que Maurice bûche une réserve de bois de chauffage, Ubald commence à laver le sable du ruisseau.C’est une opération simple, pas trop harassante mais qui glace les doigts.Trois outils sont nécessaires : une pioche, une pelle et une battée; la battée est une grande assiette creuse.On procède comme ceci : à coups de pioche, on dégage le gravier du lit du ruisseau, on en tamise une pelletée dans la battée, puis, par un mouvement circulaire de l’assiette à fleur d’eau, on lave ce sable en le déversant petit à petit.Avec un peu de chance, des pépites ou des grains d’or, quatre fois plus lourd que le sable, se déposeront au fond de l’assiette.Parfois, on peut laver le gravier pendant des heures sans résultat, d’autres fois, on tombe sur un bon filon et la récolte est fabuleuse.Ubald pousse un cri.

Hé, Maurice!Viens voir.

Maurice se précipite.Ubald tient dans le creux de sa main un caillou jaune, gros comme une fève.Les gars se regardent.Oui, il semble bien que ce soit une pépite d’or.À la fin de la journée, Ubald a amassé trois pépites et une bonne pincée de grains d’or.

Quand ils sont arrivés au ruisseau dix jours plus tôt, une trentaine d’hommes y prospectaient.Mais comme aucun d’eux n’était équipé pour hiverner, ils ont tous quitté.Les gars de Saint-Barthélemy se retrouvent seuls sur ce site.Mais ce ne sera pas pour longtemps.Une caravane remonte le ruisseau : ce sont Louis et Joseph qui reviennent avec leurs chevaux chargés de bottes de foin, puis cinq prospecteurs suivis d’une demi-douzaine de mules, elles aussi surchargées de colis hétéroclites.On fait les présentations.Les nouveaux arrivants sont allemands et appartiennent à la même famille, le père, ses trois fils et sa fille.Leur nom est Meier.Joseph est fier d’informer ses amis que la jeune Allemande se nomme Mathilde.Le père comprend et parle un peu le français, ce qui facilitera la communication au cours des prochains mois.

Dès le lendemain, une pluie froide et drue s’abat sur le pays.L’eau ruisselle sur les rives rocailleuses du ruisseau.Les Meier voient leur tente inondée, ne peuvent allumer leur feu, craignent pour leurs provisions.Les gars de Saint-Barthélemy les accueillent dans leur cabane.On met à l’abri les provisions les plus fragiles.On érige un abri temporaire pour protéger les mules et les chevaux.Le soir venu, tout le monde s’entasse autour du feu des Canadiens, essayant tant bien que mal de sécher ses vêtements, sirotant une tasse de thé et grignotant quelques galettes de sarrasin.Et on s’allonge là où l’on peut pour dormir.

Profitant des accalmies, les frères Meier entreprennent la construction de leur cabane et Joseph les aide.Pendant ce temps, le père, la fille, Louis, Maurice et Ubald prospectent.Et trouvent des pépites.Une nuit, la pluie se change en neige et au réveil un épais tapis blanc recouvre le sol et la toiture de la cabane.Puis, le froid fige tout.C’est le temps de la longue attente : les nuits sont interminables, les jours, blafards, le froid, impitoyable.Et à l’extérieur, les chevaux et les mules grelottent.

Malgré tout, il faut s’activer.Tout le monde se met à la construction de la cabane des Allemands. Mais le froid intense ralentit le travail. Enfin, trois semaines plus tard, la cabane est suffisamment terminée pour y faire du feu.Ubald fait une suggestion : pourquoi ne pas mettre les animaux dans le deuxième cabane, et nous tous dans la nôtre? On discute.Joseph insiste beaucoup.Le père sourit, interroge sa fille qui répond quelque chose en allemand, le père et ses fils éclatent de rire.Et c’est ainsi que la chose se décide.

La routine de l’hiver s’installe : préparation des repas, soin des animaux, toilette à l’eau froide derrière une couverture.Les Canadiens apprennent des rudiments d’allemand, les Allemand, de français, tout le monde, un peu d’anglais.On se raconte son histoire.Ubald et ses amis parlent de leur campagne au Canada et de leurs rêves. Les Meier disent qu’ils viennent de la région de Thuringia.Le père précise qu’il a été élevé sur une ferme, qu’il a fait son droit à l’université de Jena, qu’il a épousé une fille de la ville qui a poursuivi des études en médecine.Puis, il y a eu des difficultés et ils ont choisi de refaire leur vie en Amérique.Ubald n’insiste pas, demande simplement où est madame Meier

Mother is in Winnipeg, with my other sister, dit l’un des garçons.

Working at the hospital, ajoute un autre.

Maurice jette un coup d’œil à Joseph et les deux gars échangent un sourire.

Mars arrive et le temps se radoucit. À coups de pioche, on casse la glace et dégage le gravier. La recherche de l’or reprend.Les neufs prospecteurs travaillent de l’aube au coucher du soleil. Pendant deux mois, ils sont seuls sur le ruisseau.Et la récolte est spec­taculaire.Au début de mai, d’autres prospecteurs arrivent, s’installent en aval des Cana­diens et des Allemands, et eux aussi réalisent une bonne récolte.La nouvelle de ce nouveau bonanza rejoint Dawson.Des dizaines de prospecteurs s’installent sur le ruisseau qui, du coup, acquiert le nom de Too-Much-Gold Creek.Des bousculades et des engueulades écla­tent de temps à autres mais les Canadiens et les Allemands se gardent bien de se mêler de querelles qui ne les regardent pas.

Les chercheurs d’or du Klondike

En septembre, autant les Canadiens que les Allemands arrivent au bout de leurs provisions.Un soir, d’un commun accord, après avoir soupesé leurs prises, ils décident de lever le camp.

Deux mois plus tard, sous une pluie battante, fourbus mais heureux, ils arrivent à la gare de Strathcona.Ils passent la nuit dans l’écurie de la gare.Le lendemain, ils vendent leurs bêtes et leurs outils au marchand local et, chacun chargé d’une besace remplie de pépites et de grains d’or, et de quelques objets personnels, embarquent dans un wagon de deuxième classe.Quatre jours plus, tard, ils débarquent à Winnipeg où ils sont accueillis par madame et mademoiselle Meier.Après les embrassades, les larmes de joie et les présentations (la sœur aînée de Mathilde se nomme Hannah), tout le monde se rend à l’appartement des dames Meier, un modeste trois pièces au-dessus d’un drugstore.Madame Meier sert une soupe au chou qui dégage un fumet de rêve, accompagnée d’une bonne miche et d’une chope de bière.Pour les ‘chercheurs d’or’, ce premier véritable repas depuis un an n’est rien de moins qu’un fabuleux festin.Puis, sur ordre de madame Meier, les hommes vont se décrotter au bain public.

On passe quelques jours à se reposer et à discuter de l’avenir.Monsieur Meier dit que l’or ramené du Klondike leur permettra d’acheter une belle grande terre au Dakota, là où l’on accueille les colons allemands.

Notre terre, précise-t-il en allemand et que Hannah traduit, sera vaste comme un land.Au milieu, on construira notre maison; d’un côté, aussi loin que portera le regard, on plantera un océan de blé; de l’autre, à perte de vue, on élèvera des bêtes à cornes.

Et aussi des chevaux, précise l’aîné des garçons.

Un silence suit cette déclaration.Puis, regardant les jeunes Canadiens, le père Meier ajoute en français sur un ton solennel :

Jeunes amis à nous, vous accueillir nous.Sans vous, pas d’or pour nous.Éternels mercis.Vous, nous, belle équipe formons.Moi inviter vous venir au Dakota avec nous.

Surpris de l’invitation, les gars de Saint-Barthélemy se regardent.Parlant sponta­nément au nom de ses amis, Ubald remercie monsieur Meier et dit qu’ils ont besoin de réfléchir.

Ja, natürlich, acquiesce monsieur Meier.

Les gars passent la journée du lendemain à discuter.Ils délèguent Ubald pour ap­porter la réponse.Monsieur et madame Meier s’asseyent à la table et invitent Ubald à prendre place devant eux.Tous les autres restent debout autour de la pièce.

Monsieur Meier, madame Meier, dit Ubald, nous vous remercions de votre aimable invitation.Louis et moi devons décliner l’invitation.Comprenez : nous devons rentrer chez nous, nos parents nous attendent. Mais Joseph et Maurice acceptent avec plaisir . . . mais à une condition . . .

Monsieur Meier fronce les sourcils.

. . . que mesdemoiselles Hannah et Mathilde, comment dire, expriment de vive voix leur accord avec votre invitation.

Les trois frères Meier éclatent de rire et lancent à leurs sœurs des plaisanteries en allemand que les gars de Saint-Barthélemy ne saisissent pas.Les filles répondent sur le même ton.Retrouvant quelque peu son sérieux mais les yeux pétillants, Hannah dit en anglais que les Canadiens, lavés et rasés, sont présentables et qu’elle et sa sœur seraient heureuses de les avoir comme compagnons. Rougissant, Mathilde opine.

Quelques jours plus tard, on se sépare sur le quai de la gare. Ubald et Louis prennent le train de Montréal; la famille Meier, Joseph et Maurice prennent celui qui part pour Minneapolis-St. Paul.Pour ceux-ci, l’aventure continue.

En route, Ubald et Louis ressassent un problème qui les tracasse depuis leur départ du Klondike : comment convertir l’or en dollars?

J’ai peut-être la solution, dit Louis. À Montréal, je connais un peu un ami de mon père.

Votre réponse à “Histoire de Claire 7: Le chercheur d’or”

  1. Jean-Claude Lincourt dit:

    04 Mai, 16 a 19 h 09 min

    Très intéressant je viens de lire votre histoire qui est un peu la mienne au début. Je suis le petit-fils de Olivier Lincourt frère de Jean-Baptiste.Jeune j’habitais St-Barthélemy et j’ai connu la famille de Gérald.
    Félicitationje vais conserver votre document.
    Jean-Claude Lincourt.


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