PRÉSENCE DE LUMIÈRES

L’inaccessible étoile

L'inaccessible étoile

L’inaccessible étoile

— . . . atteindre l’inaccessible étoile, telle est ma quête . . .
— Je te sens bien joyeux.
— Et toi, un peu songeur.
— C’est que je m’interroge sur ta quête.
— Tu me connais : pour ne pas pleurer, je fredonne.
— Quel moulin à vent comptes-tu charger cette fois-ci ?
— Un moulin qui brasse un air mauvais.
— Coupe-lui les ailes.
— Il est trop gros . . . et je suis si petit.
— Que cela ne t’arrête pas. L’insecte peut soulever la montagne . . .
— . . . encore lui faut-il un bras de levier . . .
— . . . et un point d’appui, je sais.
— Mon chimérique moulin n’est rien de moins que le monde lui-même.
— Mince ! Mais si tu le conquiers, le monde, qu’en feras-tu ?
— Je le transformerais de fond en comble.
— Noble projet . . . mais pour en faire quoi ?
— Un lieu . . . comment te dire ? . . . un lieu pour nous tous . . . car je ne nous retrouve plus dans le monde actuel . . .
— . . . rêver un impossible rêve . . .
— Toi aussi, tu fredonnes ? Tu m’étonnes. Mais puisque je suis le chevalier fou et toi, le sage bourgeois, j’aimerais tourner le miroir vers toi : si tu pouvais changer le monde, tu le ferais comment ?
— Question éblouissante mais idiote ! C’est comme me demander : si tu avais les ailes d’un aigle, irais-tu sur la Lune ? Je pourrais répondre que je volerais jusqu’aux étoiles mais ce serait une réponse insensée parce que je n’ai pas d’ailes, que je n’en n’aurai jamais et que de toute façon les aigles ne vont pas sur la Lune. Tu sais, je ne me demande jamais ce que pourrait être le monde parce qu’il m’est imposé et que je n’y peux rien . . . je me demande seulement comment ne pas crever dans ce monde plutôt cruel.
— Tu as sûrement une petite idée.
— Très bien. Si j’étais Dieu – à supposer qu’il existe – je ferais un monde où les riches seraient moins riches et les pauvres, moins pauvres, où les escrocs seraient punis et les honnêtes gens, récompensés, où les enfants s’amuseraient en chantant et où je pourrais aimer sans me sentir coupable. Voilà. Satisfait ?
— Mais tu es encore plus utopique que je ne le croyais. Tu sais, beaucoup partagent ton rêve. Et pas uniquement les naïfs comme moi.
— Pour autant, je ne suis pas dupe. Je sais que le monde n’en finit pas de s’entortiller dans un immense enchevêtrement de passions et d’intérêts. Les souhaits pieux de mon cœur sensible ne le changeront pas.
— Tu te trompes. Le monde change tout le temps, même si cette mutation échappe à notre entendement. Les chimères d’aujourd’hui seront les réalités de demain.
— Changement, tu dis ? Mais quel changement ? Changer pour retomber dans la même fange. Depuis toujours, le monde n’est qu’un champ de bataille où s’affrontent des obstinés sanguinaires qui se moquent bien de mes bonnes intentions, et des tiennes. Les combattants se succèdent mais l’infâme combat ne cesse jamais . . .
— Je te sens un peu amer . . .
— Lucide, plutôt.
— Mot à la mode . . .
— . . . souvent employé à contre-sens. Partout, toujours, des sermonneurs cuirassés d’hypocrisie prêchent d’absurdes superstitions en dépit du bon sens. Partout, toujours, des fanatiques, des illuminés remuent une monstrueuse purée à boudin, assaisonnée de poudre à canon, dont ils se gavent à dégobiller.
— Hélas.
— Que veux-tu que je te dise, leur fricassée sanguinolente m’écœure. Tu sais, en nos molles démocraties, ce ne sont pas les élus qui brassent la soupe mais les financiers. Nos représentants se contentent de reluquer.
— D’où le cynisme ambiant.
— Le monde gémit la tête en bas. Partout, on voit les hommes qui triment au service d’une économie de pacotille, laquelle tourne au profit des boursicoteurs.
— Mais ces mêmes négociants n’apportent-ils pas les denrées et les appareils que le monde réclame ?
— Pour autant, leur faut-il détruire la planète pour mener leurs affaires ? Dans le monde que je fréquente, les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent, si bien que les honnêtes particuliers ont de moins en moins la possibilité d’acheter ce qu’offrent les négociants. Mais il y a plus grave encore : les innombrables tueries provoquées par les croisés de l’intolérance, par les ogres du gain, par les soûlards de pouvoir, par les marchands de canons ou les fanatiques de Dieu jettent le monde dans une misère sordide, ignoble . . . bientôt, la Terre ne sera plus qu’un champ de ruines empoisonné. Triste monde !
— Mais dans cette morosité s’activent d’irréductibles optimistes qui veulent construire un monde meilleur.
— Je te le concède volontiers.
— De quoi est constitué le monde ?
— Assez de questions.
— Très bien. Je te propose une réponse : le monde, c’est toi, c’est moi et les autres qui vivons sur un splendide satellite flottant dans l’espace stellaire.
— C’est tout ?
— Jusqu’à preuve du contraire, dans l’univers, nous constituons le seul monde conscient de lui-même.
— C’est effrayant.
— Peut-être. Mais je te soumets que nous n’avons pas d’autre choix de vaincre notre peur, de nous affranchir des fables rocambolesques des prêtres et, avec notre raison, de tenter de comprendre notre monde.
— Là-dessus, je te suis : la lumière vaut mieux que l’obscurité.
— Mais beaucoup prêchent le contraire, prétendent que le bonheur des masses réside dans une ignorance bienheureuse, que la connaissance ne sert qu’à nourrir l’angoisse collective.
— Cet argument ne tient pas. Prends-moi, par exemple : mon ignorance n’apaise pas mon angoisse.
— Octroie-moi un aphorisme.
— À savoir . . . ?
— Il vaut mieux construire maintenant le monde que nous voulons plutôt que de laisser le hasard nous imposer sa médiocrité.

Humains
— Si tu veux. Mais avant de décréter le monde que nous souhaitons, ne faut-il pas d’abord comprendre le monde actuel?
— Bien vu. Commençons par nous-mêmes.
— Un peu égoïste?
— Pas du tout. Comme nous sommes seuls, si nous ne nous occupons pas de nous, qui le fera? L’Humain est la raison d’être de l’Humain. Son épanouissement est sa seule quête.
— Mais qu’est-ce qu’un Humain?
— Je te propose cette définition : L’Humain est un organisme vivant. Il nait, croît, transmet la vie et meurt. Il est à la fois unique, semblable à tous les autres et membre de la collectivité. Pour croître et subsister, il recherche la lumière du Soleil, boit l’eau et ingurgite la nourriture de la Terre. Il possède la capacité d’entrer en contact avec son environnement et de s’adapter aux conditions toujours changeantes de la vie. De ce milieu ambiant dans lequel il baigne, il ressent des sensations, reçoit et traite de multiples informations qui conditionnent son comportement. Il est conscient de lui-même et du monde dans lequel il évolue. Il se souvient, raisonne, imagine, se projète dans l’avenir, formule des désirs et exprime sa volonté. Il se vêt, s’abrite des intempéries et façonne son milieu de vie. Il exhale des sentiments et des émotions, entretient des craintes et des espoirs, s’agrippe aux fidélités et souffre des ruptures, ressent la tristesse ou la gaité, l’indifférence, l’abandon, la haine ou l’amour.
— Ta définition s’applique-t-elle à tous les Humains?
— Tout à fait. Et puisque que tous les Humains partagent les mêmes caractéristiques fondamentales, il s’en suit, comme disait Diderot, que personne n’a reçu le mandat d’opprimer les autres.
— Pourquoi existe-t-il?
— L’Humain? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que nous n’avons pas choisi de naître. Et c’est justement cette imposition de l’existence qui justifie notre quête du bonheur. La valorisation de l’Humain sur Terre s’appelle l’humanisme, cette merveilleuse doctrine qui consiste à accompagner l’Humain dans la construction de sa civilisation éclairée en lui faisant prendre conscience de ses valeurs universelles. Car le bonheur réside dans la civilisation des Lumières et non dans la barbarie de l’obscurantisme.

Valeurs
— Valeurs, tu dis? Qu’est-ce qu’une valeur?
— Ce qui est important pour nous. Un principe partagé qui sert d’assise à nos aspirations collectives et qui cimente la civilisation éclairée. La valeur est à la collectivité ce que la vertu est à l’individu.
— Il y en a beaucoup, des valeurs?
— Une trentaine. Et elles sont universelles. Je te les cite de mémoire : la dignité, l’individualité, la responsabilité, la propriété, l’intimité, la vérité, le savoir, la sagesse, la compassion, l’équité, la paix, le bien, le beau, l’absolu, l’excellence, l’entraide, la liberté, le progrès, l’égalité, la cohésion sociale, l’espoir, la santé, l’abondance, l’efficacité, l’utilité, l’honnêteté, la créativité, la prospérité, la félicité . . .
— Je ne comprends pas . . .
— Imagine l’humain primitif : pour se protéger du froid, il se confectionne des hardes de peau, pour se défendre et chasser, il se fabrique des sagaies. Puisqu’il a consenti beaucoup d’efforts à faire ces objets, ceux-ci lui sont précieux. En d’autres termes, ces objets ont acquis une valeur d’échange qui, très tôt, transcende l’attribut particulier pour devenir une valeur sociétale. Mais pour que la collectivité reconnaisse, décrète que cet objet est à tel individu et à personne d’autres, il lui faut distinguer cet individu des autres. Cette prise de conscience de cette différence engendre la valeur d’individualité. Et c’est pour respecter ces valeurs, ou ces règles de vie en commun, qu’elle sanctionna le meurtre (agression contre la valeur individualité) et le vol (agression contre la valeur propriété).
— Je vois.
— Par exemple, c’est parce que nous valorisons la santé et le savoir que nous leur consacrons une part importante des budgets nationaux. Par exemple encore, c’est parce que la dignité est une valeur reconnue par tous qu’elle apparait dans la première phrase du préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
— Le bonheur, là-dedans?
— La somme de toutes les valeurs. Ou mieux, la conscience de vivre selon ses valeurs.
— Et alors?
— Si nous voulons vivre en conformité avec nos valeurs, nous devons nous en donner les moyens. Ces instruments qui nous permettent de vivre selon nos valeurs s’appellent les institutions politiques, l’économie, l’organisation sociale, la culture, les arts, et l’architecture raisonnée au sein de la nature pourvoyeuse et respectée.

Institutions politiques
— Quelle doctrine politique préconises-tu pour le monde que tu souhaites?
— La démocratie, au motif qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même.
— Pour cette seule raison?
— Non. En plus, je préconise la démocratie parce qu’elle est le seul régime politique qui accepte la critique. N’oublions pas, comme dit Montesquieu, que l’amour de la démocratie est aussi celui de la liberté.
— Donc, tu préconises le statu quo, du moins, en Occident?
— Au contraire. Il faut instaurer la démocratie à la grandeur de la planète.
— Donc, tu vois une Chine démocratique, une Arabie démocratique, un Vatican démocratique?
— Ces frontières nationales m’apparaissent bien anachroniques. Il faut plutôt une démocratie universelle, s’appliquant à tous les aspects de la gouvernance du monde, y compris l’économie. Pourquoi pas une démocratie à quatre paliers : Communal, Régional, Continental et Planétaire . . .
— . . . une campagne électorale planétaire?
— Pourquoi pas? Nous en avons les moyens. Quatre paliers, dis-je. En gros, disons que le Palier Communal s’occupera de la gestion et de la qualité du milieu de vie, et de la police et de la justice de proximité; que le Palier Régional prendra soin de la santé, de l’éducation, des arts, des loisirs et des sports, et de la police et justice criminelles; le Palier Continental aura juridiction sur l’alimentation, l’agriculture, le commerce, l’industrie et la finance, de même que sur la police d’intervention et la justice administrative; et le Palier Planétaire aura la responsabilité de la gestion de l’air, de l’eau, du sol, du sous-sol et de l’espace, de la protection de l’environnement, de la libre circulation des humains, des idées et de l’information, de la coordination et de l’arbitrage des juridictions, de la science, de la culture, de l’histoire et de la philosophie, de l’équilibre des droits et des responsabilité, du plein épanouissement des valeurs universelles et de la justice de la dignité humaine.
— Où est l’état-nation dans ton édifice?
— Il a laissé sa place à un monde meilleur. Et dans la foulée, l’humanité a relégué aux oubliettes les armées nationales et les bombes de destruction massive.
— Les religions?
— La gouvernance du monde éclairé est laïque. Les religions appartiennent au domaine privé de chaque individu. Chacun est libre de croire en qui il veut mais personne n’a le droit d’imposer sa croyance à l’autre, encore moins à la collectivité. Ce qui signifie que la Déclaration universelle des droits de l’homme est amendée, enrichie pour devenir la Charte universelle des droits et des responsabilités individuels et collectifs des Humains.
— Dans ton monde, les femmes possèdent les mêmes droits que les hommes?
— Ça va de soi. Les mêmes responsabilités aussi. Tout en reconnaissant la différence fondamentale entre les sexes.
— Quelle morale prévaudra dans ton monde nouveau?
— La morale naturelle fondée sur la dignité humaine. Seront évacuées du comportement humain les notions arbitraires comme la culpabilité collective ou héréditaire, la pureté et le péché, notions qui empoisonnent l’humanité depuis trop longtemps.
— Qui finance cette immense bureaucratie?
— Je te soumets qu’elle sera moins nombreuse et plus efficace que la bureaucratie actuelle parce qu’elle alignera son mode de gouvernance aux meilleurs pratiques. Elle éliminera les redondances et, surtout, ne s’embourbera pas en de stériles guerres territoriales, ethniques ou religieuses. Chaque palier de gouvernement aura sa propre fiscalité. La diminution des budgets militaires et une taxe sur les flux financiers dégageront quelque 2000 milliards de dollars par année. De quoi solutionner quelques problèmes, ne trouves-tu pas?
— Encore te faudra-t-il contrôler l’ahurissant système économique qui est le nôtre.

Économie et organisation
— D’emblée, admettons que tout n’est pas mauvais dans notre système économique. D’abord, le libéralisme comporte beaucoup d’avantages . . .
— . . . dans la mesure où les profits s’arriment aux risques.
— Corrigeons donc les dérives actuelles . . .
— . . . c’est-à-dire?
— La spéculation sous toutes ses formes, les rémunérations et les profits excessifs, le transfert chez les autres des risques de son activité, les paradis fiscaux, l’évasion fiscale, le gaspillage des ressources, le comportement pathologique des bourses, l’orgie des dépenses militaires . . . Posons un principe, si tu veux : la finance est au service de l’économie et celle-ci, au service de l’humanité.
— Belle pensée? Mais qu’est-ce que ça change?
— Beaucoup. Cela signifie que l’économie quitte sa sordide isolation et s’installe à sa juste place, celle d’être au service de l’humanité. Cela signifie aussi que le pouvoir économique est soumis à l’autorité démocratique. Cela signifie encore que les décisions économiques se prennent à l’aune du principe que je viens d’énoncer; et par voie de conséquence, la spéculation est éradiquée.
— Elle est si mauvaise que ça?
— Oui. La spéculation ne contribue pas à la prospérité collective, ne possède aucune justification sociale, pour la plupart de ses pratiques échappe au contrôle démocratique, ne sert qu’à enrichir une poignée de spéculateurs et appauvrir le reste de l’humanité. Elle devient carrément abusive lorsqu’elle entraîne une pénurie ou une flambée des prix, ou provoque des faillites. Elle est particulièrement immorale lorsqu’elle touche le marché des denrées. Affranchies de la spéculation, les bourses retrouveront leur raison d’être qui est de capitaliser les entreprises qui « font » des choses. Dans la foulée, les fonds spéculatifs, les hedge funds, les futures, les paca, les forwards et autres swaps disparaissent.
— La spéculation sur les devises?
— À mettre au rancard, comme toutes les autres formes de spéculation. Je te rappelle qu’en spéculant sur le taux de change, on dénature la monnaie qui essentielle à l’économie mais qui n’est que trois choses et rien de plus, à savoir un instrument d’échange, un étalon pour comparer la valeur des choses et une réserve de valeurs. En somme, la monnaie est un moyen, et non une fin en soi, un moyen pour faire marcher l’économie au service de l’humanité. On devrait considérer la monnaie pour ce qu’elle est et interdire que quelques-uns la prennent en otage à leur profit et au détriment de tous les autres. Je propose de mettre fin à la spéculation sur les devises et de remplacer cette roulette russe par un mécanisme régulateur cohérent.
— Proposes-tu une seule devise pour toute la planète?
— Pas nécessairement mais pourquoi pas? Je répète que la monnaie n’est qu’un moyen. Ce qui importe, c’est d’harnacher les puissantes forces d’argent au profit de l’humanité. Il faut que l’argent servent à nourrir, loger, éduquer, soigner tout le monde, adéquatement, dignement, tout le temps.
— Peut-être y a-t-il trop d’Humains sur la planète? Peut-être arriverons-nous à la limite de sa capacité porteuse?
— Peut-être. Actuellement, l’ONU estime la population terrestre à quelque sept milliards d’Humains. Est-ce la limite? Je ne sais pas. En revanche, ce que sais, c’est que la moitié de la population mondiale survit avec 2,00 $ ou moins par jour, c’est-à-dire bien en dessous du seuil de pauvreté. Je sais aussi que la richesse combinée des 225 personnes les plus riches du monde égale la richesse combinée de 2,5 milliards d’humains. Je sais enfin que la distribution de la population sur la planète est déséquilibrée et que l’aménagement des territoires de vie, médiocre et anémiant. Donc, il y a beaucoup à faire en plus du contrôle démographique.
— Tu parles d’aménagement de qualité, tantôt, tu parlais d’architecture raisonnée : est-ce la même chose?
— Tout à fait. Par architecture, j’entends à la fois la conception raisonnée et le résultat de cette conception, c’est-à-dire la totalité du milieu construit ou aménagé. Ce milieu de vie que nous bâtissons depuis des millénaires, cet environnement dit culturel par opposition à l’environnement naturel, lardé de technologies plus ou moins performantes, plus ou moins énergivores, plus ou moins polluantes, ces structures et infrastructures constituent – et de loin – notre plus important investissement. Une simple observation nous convainc que, sauf quelques exceptions, ce milieu de vie est déficient, médiocre et laid. Pour un beau quartier, on a cent favelas, pour un appartement avec commodités, on a cent masures de tôle infestés de vermine, pour un parc sécuritaire, on a cent terrains vagues peuplés de vendeurs de drogues.
— Est-ce uniquement le manque de ressources financières qui empêche de mieux aménager le territoire?
— En partie seulement. On retrouve des quartiers sordides et des villes débiles dans les pays les plus riches de la planète. Hormis quelques exceptions, on fait face aussi à une déplorable indifférence des populations et à une abyssale ignorance de la part des dirigeants.

Le bonheur
— Tu crois que nous serons plus heureux dans ton monde aseptisé que dans le chaos actuel?
— Je le crois vraiment.
— Dis plutôt que tu aimes à le croire.
— Il y a de ça aussi : le côté picaresque de ma personnalité . . . N’oublie pas que le bonheur est la conscience de croître. Et je te soumets qu’à l’heure actuelle, les Humains ont plutôt la conviction de stagner, même de régresser. Balloté de crise en crise, l’Humain voit sa planète se dégrader, voit sa misère augmenter. Il sait – ou soupçonne – qu’il a droit au bonheur mais ne voit pas le jour où il en jouira. C’est pourquoi, malgré les gigantesques difficultés, je crois important de proposer un monde meilleur. Comme disait Guillaume d’Orange, il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer . . .
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